Parenthèses

Comment la science-fiction peut-elle nous aider à vivre dans le monde actuel ?

Quand nous parlons de lecture comme remède aux maux de notre temps, c’est souvent comme une forme d’évasion. Il s’agit de tourner son dos à la réalité et de trouver répit dans un monde fictif. C’est, quelque part, une forme d’oblomovisme. Or, je suis d’avis que la force de l’imaginaire est justement dans sa capacité à nous ancrer dans le monde au lieu de nous en éloigner. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on plonge dans la littérature spéculative.

Pour Isaac Asimov, la science-fiction est une escapade vers la réalité. En effet, elle nous met face à face avec les réalités les plus dérangeantes de notre monde, poussées à leurs extrêmes ou mises en contraste avec un idéal. Des auteurs comme Aldous Huxley, Philip K. Dick ou encore Frank Herbert peuvent nous aider à faire sens de ce fameux monde d’après, de trouver des premiers éléments de réponse à la question de la vie par-delà la crise.

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Listes, Parenthèses

L’art de ne rien faire : comment restaurer son attention à l’ère des réseaux sociaux ?

Mon été a été particulièrement calme. Probablement sous l’effet de ma lecture de juillet : Comment ne rien faire (How to Do Nothing, Jenny Odell). Il s’agit d’un pamphlet contre le productivisme et pour la restauration de notre attention à l’ère de la suprématie digitale. Dans un moment de ma vie où je remets en question mes notions de performance et de réussite, cet essai a été particulièrement éclairant. L’autrice m’a rappelé les vertus de l’oisiveté, de la contemplation, de la rêverie, de ces moments de latence qui donnent tout son sens à l’action.

Depuis cette lecture, certaines choses ont changé, lentement mais sûrement. J’ai appris à mettre les écrans de côté et à regarder ailleurs, pas par discipline, parce que c’est bon pour moi, mais tout simplement parce que je m’intéressais sincèrement à mon environnement immédiat. Ma concentration s’est restaurée le plus simplement du monde et durant ces longs mois chauds, je me suis réconciliée avec mon horloge interne. J’ai enfin compris ce que les taoïstes voulaient dire par Wu Wei : le non-agir ou l’action naturelle. Paradoxalement, c’est aussi pendant cette période que j’ai lu le plus. Je vous partage donc ici quelques-unes des lectures qui m’ont le plus marquée parmi les livres que j’ai parcourus cet été, avec beaucoup plaisir et sans préméditation.

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Le thème de la dépression dans Frankenstein de Mary Shelley
Notes de lecture

De la mélancolie dans Frankenstein de Mary Shelley

Monument littéraire et mythe incontournable de la culture populaire, Frankenstein reste pourtant un classique méconnu. Souvent, Frankenstein est confondu avec sa créature, pourtant sans nom dans le roman et les personnages sont caricaturés à l’extrême, alors que le texte révèle leur complexité et leur sensibilité. Écrit par Mary Shelley à vingt ans à peine, Frankenstein décrit la descente aux enfers d’un scientifique qui parvient à répliquer la vie dans un style qui confond les genres, entre roman gothique et science-fiction. Écrit à une époque où les débats sur l’évolution font rage, il reste d’actualité pour réfléchir sur les questions de transhumanisme, de clonage et de sentience. Dans sa fluidité et sa hardiesse, le récit présente plusieurs niveaux de lecture. J’y vois notamment un thème persistant, pourtant peu mentionné dans les critiques : la mélancolie. En effet, l’expérience de la dépression y est décrite avec une justesse sans pareil et il serait intéressant de s’y pencher.

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Littérature japonaise : Les belles endormies de Yasunari Kawabata
Notes de lecture

Les belles endormies de Kawabata

Ce sont des clients de tout repos qui viennent passer la nuit aux bras de corps jeunes et drogués, plongés dans un profond sommeil dont on ne peut être réveillé. Auprès de ces jeunes femmes inconscientes, des vieillards cherchent les relents d’une sensualité émasculée et un ersatz du grand repos. Dans Les belles endormies, Yasunari Kawabata nous décrit cette maison close à la fois sublime et monstrueuse à travers les yeux d’Eguchi, un homme âgé qui ne s’avoue pas encore vaincu par la vieillesse. C’est un roman particulier, où la beauté côtoie l’horreur, servi par une écriture épurée sans pareil.

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