Arts de vivre, Notes de lecture, philosophie

Oser l’oisiveté avec Sénèque : Éloge de l’oisiveté et Lettres à Lucilius

J’ai toujours gravité vers les philosophes post-socratiques. Souvent ils nous proposent, bien plus que des méthodes de pensée, des arts de vivre. Ils tentent de répondre aussi bien aux questionnements existentiels qu’aux soucis du quotidien. Leurs raisonnements étaient peut-être plus simples, mais jamais superficiels. Les réponses qu’ils apportent au comment vivre sont bien plus salutaires que les supercheries des coachs et des livres de self help qui pullulent aujourd’hui.

Pendant longtemps, j’ai été disciple d’Epicure. Je procrastinais sur la lecture des stoïciens qui me semblaient plus froids et exigeants. Puis un jour je tombe sur un petit livre de Sénèque sur l’un de mes thèmes fétiches : l’oisiveté. L’Eloge de l’oisiveté n’est qu’un court texte de Sénèque, mais l’éditeur l’a agrémenté d’extraits de correspondances. Les Lettres à Lucilius nous dévoilent l’intimité de Sénèque et l’on découvre un stoïcien loin de toute froideur ou rigidité, un homme qui a authentiquement vécu et en tire toute une philosophie de vie.

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Arts de vivre, Notes de lecture, philosophie

Comment remédier à l’ennui : les propositions de Schopenhauer dans Parerga et Paralipomena

Arthur Schopenhauer fait partie de ces auteurs que je lis en marge. C’est-à-dire que j’ai quasiment fait le tour de ses ouvrages mineurs sans jamais trouver le courage de commencer son œuvre majeure : Le monde comme volonté et comme représentation. Enfin si, je me rappelle l’avoir ouvert une fois et avoir commencé à lire l’introduction. Très vite, Schopenhauer nous dit que si nous n’avons pas lu toute l’œuvre de Kant, on ferait bien de refermer le livre et de revenir plus tard. Je ne me le faisais pas répéter deux fois.

Cela dit en passant, il y a bien des choses qui me déplaisent chez lui. Par exemple sa misogynie m’horripile. De plus, je ne trouve pas ses arguments pour le pessimisme toujours pertinents. Il m’arrive de le trouver un peu trop grincheux, voilà le mot est dit. Malgré ces discordances, Schopenhauer est un philosophe que j’apprécie beaucoup, en partie pour son écriture non-ésotérique, et ses réflexions cocasses sur des sujets aussi variés que les dangers de l’excès de lecture ou comme nous le verrons ici, l’ennui.

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Parenthèses, philosophie

La lettre C de l’Abécédaire : Deleuze sur l’art de consommer de la culture

Voici comment je définis mes auteurs préférés : ce sont des auteurs avec lesquels je serai heureuse de prendre un café pour converser à l’infini. Ce sont des auteurs-amis. En les lisant, je n’ai pas l’impression de recevoir passivement un récit ou une réflexion. Je suis en pleine interaction avec le texte, engagée dans une conversation animée. Une conversation pleine de rebondissements avec des arguments et des contre-arguments, des anecdotes, des taquineries, voire des disputes.

Le philosophe Gilles Deleuze fait partie de ces auteurs-amis. D’autant plus qu’en regardant ou en écoutant son Abécédaire, on a réellement l’impression d’être en conversation avec lui. Quoi qu’en vérité, la conversation se déroule avec Claire Parnet, qui explore divers concepts et idées en passant par toutes les lettres de l’abécédaire, de A à Z. Deleuze, qui n’aime pas beaucoup la télévision, accepte quand même ce petit défi lancé par la journaliste, à condition que la diffusion du téléfilm soit posthume.

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Arts de vivre, Notes de lecture

Apprendre à souffrir avec Chantal Thomas

« Ma souffrance n’intéresse personne. » Dès que j’ai lu cette phrase, je me suis sentie en confiance, j’avais envie d’aller plus loin dans le kilométrage des mots de Souffrir de Chantal Thomas (1), de me laisser happer. Je me sentais comprise, je sentais que l’auteure avait touché à quelque chose de très authentique, à la texture de la souffrance. Une souffrance faite de chair, de sang, de nerfs et de pensées insoutenables.

Je savais que ça ne serait pas un essai purement académique, froid et distant. En témoigne l’usage récurrent du « je ». C’est un regard plutôt personnel sur le phénomène de la souffrance, nourri de références littéraires et philosophiques. C’est que Chantal Thomas est une spécialiste de la littérature du 18ème siècle. Au fil des pages, Madame de Staël, Julie de Lespinasse, Sade, Sacher-Masoch ou même Dostoïevski nous livrent leurs expériences et leurs conceptions de la souffrance.

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