Parenthèses

Comment la science-fiction peut-elle nous aider à vivre dans le monde actuel ?

Quand nous parlons de lecture comme remède aux maux de notre temps, c’est souvent comme une forme d’évasion. Il s’agit de tourner son dos à la réalité et de trouver répit dans un monde fictif. C’est, quelque part, une forme d’oblomovisme. Or, je suis d’avis que la force de l’imaginaire est justement dans sa capacité à nous ancrer dans le monde au lieu de nous en éloigner. C’est d’autant plus vrai lorsqu’on plonge dans la littérature spéculative.

Pour Isaac Asimov, la science-fiction est une escapade vers la réalité. En effet, elle nous met face à face avec les réalités les plus dérangeantes de notre monde, poussées à leurs extrêmes ou mises en contraste avec un idéal. Des auteurs comme Aldous Huxley, Philip K. Dick ou encore Frank Herbert peuvent nous aider à faire sens de ce fameux monde d’après, de trouver des premiers éléments de réponse à la question de la vie par-delà la crise.

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Listes, Parenthèses

L’art de ne rien faire : mes lectures d’été, comment restaurer son attention et une newsletter mensuelle

Mon été a été particulièrement calme. Probablement sous l’effet de ma lecture de juillet : Comment ne rien faire (How to Do Nothing, Jenny Odell). Il s’agit d’un pamphlet contre le productivisme et pour la restauration de notre attention à l’ère de la suprématie digitale. Dans un moment de ma vie où je remets en question mes notions de performance et de réussite, cet essai a été particulièrement éclairant. L’autrice m’a rappelé les vertus de l’oisiveté, de la contemplation, de la rêverie, de ces moments de latence qui donnent tout son sens à l’action.

Depuis cette lecture, certaines choses ont changé, lentement mais sûrement. J’ai appris à mettre les écrans de côté et à regarder ailleurs, pas par discipline, parce que c’est bon pour moi, mais tout simplement parce que je m’intéressais sincèrement à mon environnement immédiat. Ma concentration s’est restaurée le plus simplement du monde et durant ces longs mois chauds, je me suis réconciliée avec mon horloge interne. J’ai enfin compris ce que les taoïstes voulaient dire par Wu Wei : le non-agir ou l’action naturelle. Paradoxalement, c’est aussi pendant cette période que j’ai lu le plus. Je vous partage donc ici quelques-unes des lectures qui m’ont le plus marquée parmi les livres que j’ai parcourus cet été, avec beaucoup plaisir et sans préméditation.

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Portrait of a Young Woman in White, c. 1798
Notes de lecture

Mon année de repos et de détente d’Ottessa Moshfegh

La dépression n’est pas glamour. Il n’y a ni beauté ni sens dans nos luttes contre ce mal et nous ne sommes pas des héros auréolés pour avoir tenu bon. Personne ne reconnaît nos souffrances et personne ne voit notre bravoure. De l’extérieur, le dépressif est encore vu comme un être végétatif, déficient, parasitaire. Cette épreuve ne nous rend pas meilleur. Après un épisode dans les abysses, il  n’y a pas de grandes épiphanies, notre monde n’est pas radicalement transformé et la vie ne devient pas un long fleuve tranquille une fois que l’on a battu la bête. C’est un apprentissage quotidien où la résilience devient un sport de haut niveau. 

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Aristote sur le bonheur : extraits d'Ethique à Nicomaque
Arts de vivre

Aristote sur le bonheur comme principe actif

Peut-on parler de philosophie grecque sans parler d’Aristote et de Platon ? Ce sont tous deux des esprits brillants, à cette différence près : quand Platon cherchait à transcender la réalité vers le monde des idées, Aristote gardait les pieds plantés fermement sur terre. Esprit studieux, rigoureux et prudent, il met constamment en examen les opinions communes et sait rester humble. C’est une véritable école de la pensée, qui nous arme d’outils de réflexion essentiels, que l’on adhère ou non à sa philosophie. La lecture d’Éthique de Nicomaque est l’occasion de cet apprentissage, dans une langue claire, avec des enchainements logiques et bien ficelés. C’est une joie que de lire ce texte car on y découvre, justement, tout l’aspect ludique du raisonnement philosophique.

Dans son Éthique, Aristote nous livre des réflexions sur la vertu, la politique, l’amitié ou encore la justice. Mais sa visée principale, ce qu’il décrit comme le souverain bien, c’est le bonheur. Et dans cet exposé, la conception du philosophe est tout sauf idéaliste : il nous parle d’un bonheur actif, d’un savoir-faire à cultiver, d’une habileté qui s’aiguillonne par la pratique quotidienne.

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