Déconfinement : l'attitude à adopter face au monde d'après
Arts de vivre, Notes de lecture, philosophie

Prudence et courage : l’attitude à adopter face au monde selon Schopenhauer

Que le Monde comme volonté et comme représentation vous intimide ou qu’il soit votre livre de chevet, il y a toujours un côté moins rigoureux, plus ludique à Schopenhauer qu’il serait intéressant de découvrir. C’est le Schopenhauer des Parerga et Paralipomena (Suppléments et compléments), des aphorismes cocasses, des formules et affirmations efficaces, des exercices philosophiques. La structure du texte, en éclats de pensées épars, a d’ailleurs été une inspiration pour Nietzsche. Pour le néophyte comme pour le lecteur aguerri, cet essai a valeur de manuel qui fixe les enseignements du philosophe dans la pratique quotidienne, de complément et de commentaire au Monde comme au Fondement de la morale.

Dans le sixième essai de cet ouvrage qui se voulait accessible, titré “Aphorismes de la sagesse dans la vie”, le philosophe se montre sous un visage amical, dispensant ses leçons de vie et quelques blagues de comptoir en passant. On lui découvre un certain optimisme, ou du moins, une tentative de bonheur dans le pessimisme. Il y aborde notamment l’ennui et les moyens d’y faire face, mais aussi l’attitude à adopter face à la marche du monde et à ce qui sort de notre contrôle, un texte qui sonne juste en cette période de “dé-confinement”, avec le retour des anciennes pressions alors même que l’incertitude demeure.

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Arts de vivre, Notes de lecture, Opinion, philosophie

Le manuel d’Épictète : comment devenir stoïcien aujourd’hui?

Quand je pense à Épictète, je pense à cette anecdote où, alors esclave à Rome, il est maltraité par son maitre et qu’il lui dit en souriant : “Tu vas casser ma jambe.” Une fois sa jambe cassée, il se contente de rajouter, sans émoi : “Je te disais bien que tu allais la casser.” Que cette anecdote soit vraie ou non, nous ne le saurons jamais vraiment. Mais elle illustre parfaitement l’attitude stoïque, le calme face à l’adversité, l’acceptation radicale de tout ce qui advient.

Quand, regagnant sa liberté, Épictète débute son enseignement philosophique, l’école stoïcienne est en pleine crise : Sénèque vient d’être mis à mort par Néron et les philosophes sont tour à tour censurés et exilés. Cela explique en partie pourquoi les maximes du Manuel sont beaucoup plus extrêmes et beaucoup plus proches du cliché stoïque que les textes de Sénèque, par exemple, et les exhortations au détachement et à l’impassibilité y sont d’autant plus fortes. Or, Épictète n’a laissé aucun livre. Le Manuel, comme les entretiens, est une compilation des notes de son élève Arien de Nicomédie. Nous n’avons donc pas accès à la voix et au style d’Épictète, seulement à sa substance.

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Lettre à Sérénus : Sénèque sur la tranquillité de l’esprit et la nécessité de l’action

Dans De la tranquillité de l’âme, Sénèque adosse le rôle de médecin de l’âme de Sérénus, dont le nom est ici étonnamment symbolique. Rappelant al-Razi et sa médecine spirituelle, le philosophe stoïcien examine l’esprit troublé de son ami, diagnostique les causes de son mal-être, toujours en quête de la fugace euthymia, la tranquillité. Dans ce texte à la fois riche et limpide, Sénèque puise, encore et toujours, dans les enseignements stoïciens tout en gardant de la distance critique. Il apporte la nuance qu’on lui a bien connue dans De la vie heureuse et Éloge de l’oisiveté, donnant l’image d’un stoïcisme plus sensible et moins intransigeant, rendu à son humanité, éloigné des clichés de placidité et d’imperméabilité à toute épreuve.

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Sénèque sur le bonheur, l’épicurisme et comment répondre à ses critiques

De nos jours, parler de bonheur, c’est kitsch. C’est l’apanage des coachs de vie et autres charlatans modernes, dont les livres se vendent comme des petits pains. Mais dans l’antiquité, la philosophie était au plus près de la vie et diverses écoles se disputaient l’idéal de l’art de vivre et offraient des réflexions complexes dans une langue simple. Dans son texte De la vie heureuse, Sénèque développe sa conception stoïcienne du bonheur tout en apportant sa nuance.

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