Bouquinologie

Une techno-sceptique du livre se met au Kindle

Je n’aurais jamais pensé le dire un jour, mais je suis une férue du Kindle. Je me suis toujours opposée au livre numérique, parce que je trouvais que les livres en papier étaient indétrônables, que c’était une expérience sensorielle impossible à reproduire et qui donnait tout son charme à l’expérience de la lecture : l’odeur du papier, le crissement des feuilles que l’on retourne, le mot en encre noir gravé, implacable dans sa réalité, sur le papier. Bien que cela ne soit pas factuellement vrai, le livre numérique me donnait une impression de volatilité et de fragilité par rapport au livre imprimé, comme mes textes tapés sur clavier m’angoissaient car une simple erreur de manœuvre pouvait balayer tous le kilométrage de ma pensée que j’avais soigneusement consignée.

Je ne suis pourtant pas une partisane de l’analogique, loin de là. Comme toute ma génération, j’ai ouvert les yeux sur le numérique très tôt et je ne suis jamais ressortie de cette bulle depuis. D’ailleurs, j’ai rencontré beaucoup plus de gens, ai eu plus de discussions éclairantes, découvert beaucoup plus de penseurs et de plumes, fait plus d’expériences artistiques et musicales, sur internet que nul part ailleurs. Mais dans mes lectures et mes notes, je  m’enorgueillissais de mon usage du papier, la seule valeur sûre, la seule expérience authentique à mes yeux alors. Parallèlement, à chaque voyage, je sélectionnais méticuleusement les livres que j’emmènerai avec moi, dont je ne lisais souvent pas la moitié et qui alourdissaient ma valise de grammes superflus. Je multipliais les carnets et calepins et je passais de longues après-midi à identifier des notes de lecture ou des bribes de pensées dignes d’intérêt. Puis un beau jour, on m’offrit un Kindle. Voici ce qui a changé depuis.

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