Parenthèses

La lettre C de l’Abécédaire : Deleuze sur l’art de consommer de la culture

Voici comment je définis mes auteurs préférés : ce sont des auteurs avec lesquels je serai heureuse de prendre un café pour converser à l’infini. Ce sont des auteurs-amis. En les lisant, je n’ai pas l’impression de recevoir passivement un récit ou une réflexion. Je suis en pleine interaction avec le texte, engagée dans une conversation animée. Une conversation pleine de rebondissements avec des arguments et des contre-arguments, des anecdotes, des taquineries, voire des disputes.

Le philosophe Gilles Deleuze fait partie de ces auteurs-amis. D’autant plus qu’en regardant ou en écoutant son Abécédaire, on a réellement l’impression d’être en conversation avec lui. Quoi qu’en vérité, la conversation se déroule avec Claire Parnet, qui explore divers concepts et idées en passant par toutes les lettres de l’abécédaire, de A à Z. Deleuze, qui n’aime pas beaucoup la télévision, accepte quand même ce petit défi lancé par la journaliste, à condition que la diffusion du téléfilm soit posthume.

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Arts de vivre, Notes de lecture

Apprendre à souffrir avec Chantal Thomas

« Ma souffrance n’intéresse personne. » Dès que j’ai lu cette phrase, je me suis sentie en confiance, j’avais envie d’aller plus loin dans le kilométrage des mots de Souffrir de Chantal Thomas (1), de me laisser happer. Je me sentais comprise, je sentais que l’auteure avait touché à quelque chose de très authentique, à la texture de la souffrance. Une souffrance faite de chair, de sang, de nerfs et de pensées insoutenables.

Je savais que ça ne serait pas un essai purement académique, froid et distant. En témoigne l’usage récurrent du « je ». C’est un regard plutôt personnel sur le phénomène de la souffrance, nourri de références littéraires et philosophiques. C’est que Chantal Thomas est une spécialiste de la littérature du 18ème siècle. Au fil des pages, Madame de Staël, Julie de Lespinasse, Sade, Sacher-Masoch ou même Dostoïevski nous livrent leurs expériences et leurs conceptions de la souffrance.

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Bouquinologie, Notes de lecture

Schopenhauer sur les dangers de l’excès de lecture

Depuis notre plus tendre enfance, on nous conseille de lire et de lire toujours plus. On ne compte que les bénéfices d’une telle pratique : un plus large vocabulaire, des facilités d’écriture, un sens de l’empathie affiné et plus encore. Mais un esprit aussi érudit et rebelle que celui de Schopenhauer se garde bien de tomber dans le panneau de l’opinion publique. Dans l’excès de lecture, il voit des dangers sans fin, un amollissement du cerveau et un abêtissement de la population. Il étaye sa position avec finesse et humour dans La lecture et les livres. 

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Notes de lecture, Parenthèses

Les animaux dénaturés : qu’est-ce qui nous distingue des autres animaux ?

Les animaux dénaturés (1) est un livre curieux. Je me rappelle l’avoir remarqué, enfant, sur les étagères de la bibliothèque familiale. Je n’osais pas le lire parce que que  l’image de couverture m’effrayait. Je la trouvais à la fois obscène et bizarre. On y voyait une silhouette quasi-humaine, aux seins ronds et fermes d’une jeune femme. Seule différence, les pieds qui ressemblaient à des mains, comme ceux d’un singe. Elle s’accrochait à une branche et observait un groupe d’hommes vêtus en explorateurs de derrière un rocher. Comme si les rôles de l’animal objet d’étude et de l’humain zoologue étaient inversés, l’espace d’un instant.

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