Notes de lecture

Un livre de raison de Joan Didion : méditation sur la décadence

Si vous cherchez « Boca Grande », vous tomberez sur une petite commune de la Floride. Mais dans Un livre de raison (1977) de Joan Didion, c’est un pays fictif de l’Amérique centrale : terre monochrome dont l’immobilisme absolu contamine l’air et les eaux, façade en papier mâché à un gouvernement rongé par la corruption. Dans cet étang putréfié se déploie une méditation sur le délitement social et individuel à travers le récit des derniers jours d’une femme étrangère, une norteamericana, une turista : Charlotte Douglas.

Lire la suite « Un livre de raison de Joan Didion : méditation sur la décadence »

Notes de lecture

Une dernière lecture d’été pour la route : La fin de Chéri de Colette

J’ai rencontré La fin de Chéri de Colette (1) durant les derniers jours de mes vacances, alors que j’étais un peu prise par le blues de la fin de l’été, dans un étalage face à la plage d’Agadir. Tout d’abord, la combinaison du titre et de la couverture, un détail de La Femme au chapeau de Van Dongen, me donna l’impression qu’il s’agira d’une héroïne. Mais dès les premières pages, je me rendis vite compte que je me trompais lourdement. Chéri (pseudonyme de Fred) est en fait un anti-héros masculin. Il figure déjà dans un précédent roman de Colette intitulé tout simplement Chéri, où il apparait comme un être d’instinct, un hédoniste assumé qui se soucie peu de sa condition existentielle, un symbole de la belle époque.

Dans La fin de Chéri, le personnage s’enrichit et prend de la profondeur. Fred est alors un homme en complète inadéquation avec son époque, marqué par la guerre de 14-18 et le souvenir d’une amante plus âgée qu’il n’a pas revu depuis son service militaire. Dans ce deuxième volume qui peut se lire indépendamment du premier, les évènements se déroulent vers la fin d’un été parisien de l’après-guerre où l’on sent déjà la naissance de septembre. Le récit est servi par l’écriture claire et belle de Colette, qui flirte avec l’absurde sans perdre de sa poésie.

Lire la suite « Une dernière lecture d’été pour la route : La fin de Chéri de Colette »

Notes de lecture

Le blé en herbe : tribulations adolescentes

Cela doit faire au moins cinq ou six ans que j’ai ouvert un livre de Colette pour la première fois. Je l’avais vite refermé : le style, la sonorité des mots, le rythme du récit… quelque chose ne m’avait pas accroché. J’ai condamné sa lecture pendant les années qui suivirent, jusqu’à maintenant. Et c’est seulement maintenant que je la lis avec un grand plaisir. Preuve qu’il ne faut jamais juger un livre sur ses premières pages ou un auteur sur un livre uniquement. C’est surtout injuste pour nous, en tant que lecteurs, car nous nous fermons à des univers littéraires qui pourraient beaucoup nous apporter.

Lire la suite « Le blé en herbe : tribulations adolescentes »

Notes de lecture

Mrs Dalloway : récits de consciences

Ma première rencontre avec Virginia Woolf a été La traversée des apparences (1). C’est son premier roman et il condense déjà certaines des qualités qui feront d’elle la grande auteure qu’elle est devenue. Un style fluide, riverain, qui s’écoule sans rupture. Si bien que Woolf fait partie des rares écrivains dont il m’est difficile de prélever des citations. Le roman relate le voyage d’une jeune femme au bord d’un transatlantique en route vers l’Amérique du Sud. Un voyage concret doublé du voyage intérieur de l’héroïne qui côtoie une foule de personnages, en apprend plus sur eux et sur elle-même au jour le jour.

Lire la suite « Mrs Dalloway : récits de consciences »