Notes de lecture

La sonate à Kreutzer de Tolstoï : un drame familial particulier

En ouverture à Anna Karénine, Tolstoï écrivait : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » Curieux, en effet, est le drame des Tolstoï. À une famille exceptionnelle, versée dans les arts, une crise familiale tout aussi exceptionnelle, à coups d’autofictions révélatrices et de références musicales puissantes. Ainsi, “La Sonate à Kreutzer “, œuvre polémique de Léon Tolstoï, est suivie de récits-réponses de Sofia Tolstoï, qui y a vu une attaque personnelle : “À qui la faute ?” et “Romance sans paroles”. Léon Tolstoï fils joint sa voix à la sonate, dans une nouvelle à thèse où il tente d’affirmer sa vision unique de la religion, de la sexualité et de la vie.

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Ode à la nouvelle : Risibles amous de Milan Kundera, Le dernier été de Klingsor de Hermann Hesse, Grand Union de Zadie Smith, Le cheval de Nietzsche d'Abdelfattah Kilito, La mort d'Ivan Illitch de Tolstoi
Listes

Ode à la nouvelle : cinq recueils de nouvelles sur l’amour, l’art, la mémoire et la mort

La nouvelle n’est pas un sous-roman. Ce n’est pas un simple brouillon. Sa brièveté n’est pas toujours une preuve d’incomplétude, elle peut être un agent de densification. La limitation du texte court peut amener les auteurs à focaliser toute leur attention sur un court laps de temps, à en dégager toutes les impressions sans parcimonie (Tolstoï), à illustrer des idées maîtresses dans leurs œuvres (Hesse et Kundera), à examiner des éclats de souvenirs et en dégager du sens (Abdelfattah Kilito), ou encore à prendre courage pour émanciper la parole, laisser libre cours à son imagination et désencombrer la pensée de la bienséance (Zadie Smith). Ces cinq recueils nous montrent que la nouvelle peut être un texte à part, entier, au même temps que le champ de développement d’un projet d’écriture. Cinq recueils que j’ai lus et relus, dont je garde en mémoire des passages, des impressions de lecture indélébiles et que je vous invite à découvrir.

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Arts de vivre

Je teste des routines d’écrivains : Léon Tolstoï : “Je dois écrire chaque jour sans faute.”

Comme je l’ai dit dans un article précédent sur la confession de Léon Tolstoï, cet écrivain m’a toujours inspiré par son effort constant pour suivre une discipline de vie, une discipline qu’il ne respectait pas toujours mais à laquelle il revenait sans cesse. Son désir de construire un moi souverain, par-delà les tumultes de la vie quotidienne, approche de l’utopie. Mais sa persévérance et sa constance sont des qualités que nous pourrions tous gagner à développer.

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Notes de lecture

Pensée à contre-courant : la confession de Léon Tolstoï

De tous les écrivains russes, Tolstoï est celui qui me parle le plus, avec lequel je sens le plus d’affinités. Certes, Tolstoï avait ses défauts. Le journal de sa femme, Sophia Tolstoya, nous montre à quel point il pouvait être difficile à vivre. Mais ce qui m’attire le plus chez cet écrivain, c’est son effort constant pour trouver une discipline de vie, pour sculpter un soi souverain dans le matériau tumultueux et mouvant de sa personne, et ce malgré ses nombreux échecs. Peu impressionné par la pensée dominante de son temps et de son milieu, il a toujours tenté de tracer sa propre voie et de garder une pensée indépendante.

Vers la fin de sa vie, Tolstoï s’isole de plus en plus et tombe même dans une crise existentielle. Pour se sortir de l’impasse, l’écrivain se livre à un examen de conscience qu’il consigne dans une succession d’essais, dont Ma confession (1) est la première tentative. Tolstoï finira même par édifier son propre système philosophique et religieux. Ses contemporains comprennent mal ce virage : les intellectuels y voient une maladie de l’esprit, tandis que l’église orthodoxe y voit de la pure hérésie. Pour ma part, bien que je sois une sceptique invétérée et que je ne sois guère attirée par les courants spirituels que Tolstoï explore vers la fin de sa vie, j’ai beaucoup apprécié la lecture de Ma confession. J’ai pu trouver dans cet essai des idées et des intuitions qui ont inspiré mon propre examen de la vie.

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