Notes de lecture

Relire ses classiques bis : Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse

Lus dans mon adolescence, les romans de Hermann Hesse ont une résonance très différente aujourd’hui. À un âge où l’on se cherche encore, où l’on est empêtré dans la rêverie et l’abstraction d’une vie à peine ébauchée, la lecture de Hesse se perd dans la beauté des symboles, elle est aussi très individualiste : de son “individualisme au service de la communauté”, nous ne retenons que la première partie. Avec l’âge et l’accumulation d’expériences de vie, de nouvelles couches de l’œuvre hessienne se dévoilent à moi et j’y retrouve un plaisir toujours renouvelé. Narcisse et Goldmund est une œuvre emblématique de l’auteur, bien que moins connue. C’est à la fois un récit passionnant et une réflexion sur l’art, la pensée, l’amitié et l’ambiguïté de la vie.

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Notes de lecture

La sonate à Kreutzer de Tolstoï : un drame familial particulier

En ouverture à Anna Karénine, Tolstoï écrivait : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » Curieux, en effet, est le drame des Tolstoï. À une famille exceptionnelle, versée dans les arts, une crise familiale tout aussi exceptionnelle, à coups d’autofictions révélatrices et de références musicales puissantes. Ainsi, “La Sonate à Kreutzer “, œuvre polémique de Léon Tolstoï, est suivie de récits-réponses de Sofia Tolstoï, qui y a vu une attaque personnelle : “À qui la faute ?” et “Romance sans paroles”. Léon Tolstoï fils joint sa voix à la sonate, dans une nouvelle à thèse où il tente d’affirmer sa vision unique de la religion, de la sexualité et de la vie.

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Notes de lecture

Oblomov, confiné volontaire

Malgré tout le plaisir que j’y ai pris, j’ai beaucoup procrastiné en lisant ce livre. J’ai également beaucoup trainé pour écrire cette recension. L’oblomovisme est très contagieux. Faites attention à ne pas vous laisser contaminer. Ceci est un message d’intérêt public.

Oblomov se lèvera-t-il jamais de son lit ? Voilà tout le suspense auquel vous aurez droit en lisant le roman du même nom, sous la plume d’Ivan Goncharov. Tout le génie de l’auteur est d’écrire un texte amusant, qui ne lasse jamais, sur un homme qui ne fait strictement rien. Pourtant, il s’en passe des choses. Derrière la figure lisse et intemporelle d’Oblomov, son inanité et son apathie, et sous couvert d’une critique de l’aristocratie russe, luxueuse et improductive, c’est un monde intérieur inouï qui se dévoile.

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Arts de vivre, Notes de lecture, Opinion, philosophie, stoicisme, Stoicisme

Le manuel d’Épictète : comment devenir stoïcien aujourd’hui?

Quand je pense à Épictète, je pense à cette anecdote où, alors esclave à Rome, il est maltraité par son maitre et qu’il lui dit en souriant : “Tu vas casser ma jambe.” Une fois sa jambe cassée, il se contente de rajouter, sans émoi : “Je te disais bien que tu allais la casser.” Que cette anecdote soit vraie ou non, nous ne le saurons jamais vraiment. Mais elle illustre parfaitement l’attitude stoïque, le calme face à l’adversité, l’acceptation radicale de tout ce qui advient.

Quand, regagnant sa liberté, Épictète débute son enseignement philosophique, l’école stoïcienne est en pleine crise : Sénèque vient d’être mis à mort par Néron et les philosophes sont tour à tour censurés et exilés. Cela explique en partie pourquoi les maximes du Manuel sont beaucoup plus extrêmes et beaucoup plus proches du cliché stoïque que les textes de Sénèque, par exemple, et les exhortations au détachement et à l’impassibilité y sont d’autant plus fortes. Or, Épictète n’a laissé aucun livre. Le Manuel, comme les entretiens, est une compilation des notes de son élève Arien de Nicomédie. Nous n’avons donc pas accès à la voix et au style d’Épictète, seulement à sa substance.

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