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Notes de lecture, philosophie

L’existentialisme est un humanisme

Pendant longtemps, j’ai snobé Sartre. Je pensais, à l’instar de Foucault, que c’était un philosophe resté coincé dans le 19ème siècle. Je m’arrêtais beaucoup sur cette faiblesse de sa philosophie et de tant d’autres : une notion d’universel tout sauf universelle, comme le démontra plus tard Élisabeth de Fontenay. Mais il y avait, quelque part, toujours une attraction vers l’existentialisme qui je ne le cache pas, a été inspirée par tout un cliché d’un mode de vie existentialiste, radicalement moderne et désenchanté. D’un autre côté, la lecture du Deuxième Sexe _ duquel j’ai dévoré les 1071 pages quelques semaines avant le bac par pure procrastination _ m’avait beaucoup marquée. En me faisant réfléchir sur ma condition de femme, la lecture de Simone de Beauvoir m’a aussi donné un certain appétit pour la philosophie et l’impression que l’existentialisme pourrait être une pensée libératrice. Dans L’existentialisme est un humanisme, Jean-Paul Sarte entend répondre à ses critiques, nombreux hier comme aujourd’hui. A-t-il réussi à son entreprise ?

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Littérature japonaise : Les belles endormies de Yasunari Kawabata
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Les belles endormies de Kawabata

Ce sont des clients de tout repos qui viennent passer la nuit aux bras de corps jeunes et drogués, plongés dans un profond sommeil dont on ne peut être réveillé. Auprès de ces jeunes femmes inconscientes, des vieillards cherchent les relents d’une sensualité émasculée et un ersatz du grand repos. Dans Les belles endormies, Yasunari Kawabata nous décrit cette maison close à la fois sublime et monstrueuse à travers les yeux d’Eguchi, un homme âgé qui ne s’avoue pas encore vaincu par la vieillesse. C’est un roman particulier, où la beauté côtoie l’horreur, servi par une écriture épurée sans pareil.

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Notes de lecture

La sonate à Kreutzer de Tolstoï : un drame familial particulier

En ouverture à Anna Karénine, Tolstoï écrivait : « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. » Curieux, en effet, est le drame des Tolstoï. À une famille exceptionnelle, versée dans les arts, une crise familiale tout aussi exceptionnelle, à coups d’autofictions révélatrices et de références musicales puissantes. Ainsi, “La Sonate à Kreutzer “, œuvre polémique de Léon Tolstoï, est suivie de récits-réponses de Sofia Tolstoï, qui y a vu une attaque personnelle : “À qui la faute ?” et “Romance sans paroles”. Léon Tolstoï fils joint sa voix à la sonate, dans une nouvelle à thèse où il tente d’affirmer sa vision unique de la religion, de la sexualité et de la vie.

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Notes de lecture

Oblomov, confiné volontaire

Malgré tout le plaisir que j’y ai pris, j’ai beaucoup procrastiné en lisant ce livre. J’ai également beaucoup trainé pour écrire cette recension. L’oblomovisme est très contagieux. Faites attention à ne pas vous laisser contaminer. Ceci est un message d’intérêt public.

Oblomov se lèvera-t-il jamais de son lit ? Voilà tout le suspense auquel vous aurez droit en lisant le roman du même nom, sous la plume d’Ivan Goncharov. Tout le génie de l’auteur est d’écrire un texte amusant, qui ne lasse jamais, sur un homme qui ne fait strictement rien. Pourtant, il s’en passe des choses. Derrière la figure lisse et intemporelle d’Oblomov, son inanité et son apathie, et sous couvert d’une critique de l’aristocratie russe, luxueuse et improductive, c’est un monde intérieur inouï qui se dévoile.

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