Notes de lecture

Relire ses classiques bis : Narcisse et Goldmund de Hermann Hesse

Lus dans mon adolescence, les romans de Hermann Hesse ont une résonance très différente aujourd’hui. À un âge où l’on se cherche encore, où l’on est empêtré dans la rêverie et l’abstraction d’une vie à peine ébauchée, la lecture de Hesse se perd dans la beauté des symboles, elle est aussi très individualiste : de son “individualisme au service de la communauté”, nous ne retenons que la première partie. Avec l’âge et l’accumulation d’expériences de vie, de nouvelles couches de l’œuvre hessienne se dévoilent à moi et j’y retrouve un plaisir toujours renouvelé. Narcisse et Goldmund est une œuvre emblématique de l’auteur, bien que moins connue. C’est à la fois un récit passionnant et une réflexion sur l’art, la pensée, l’amitié et l’ambiguïté de la vie.

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Ode à la nouvelle : Risibles amous de Milan Kundera, Le dernier été de Klingsor de Hermann Hesse, Grand Union de Zadie Smith, Le cheval de Nietzsche d'Abdelfattah Kilito, La mort d'Ivan Illitch de Tolstoi
Listes, Notes de lecture

Ode à la nouvelle : cinq recueils de nouvelles sur l’amour, l’art, la mémoire et la mort

La nouvelle n’est pas un sous-roman. Ce n’est pas un simple brouillon. Sa brièveté n’est pas toujours une preuve d’incomplétude, elle peut être un agent de densification. La limitation du texte court peut amener les auteurs à focaliser toute leur attention sur un court laps de temps, à en dégager toutes les impressions sans parcimonie (Tolstoï), à illustrer des idées maîtresses dans leurs œuvres (Hesse et Kundera), à examiner des éclats de souvenirs et en dégager du sens (Abdelfattah Kilito), ou encore à prendre courage pour émanciper la parole, laisser libre cours à son imagination et désencombrer la pensée de la bienséance (Zadie Smith). Ces cinq recueils nous montrent que la nouvelle peut être un texte à part, entier, au même temps que le champ de développement d’un projet d’écriture. Cinq recueils que j’ai lus et relus, dont je garde en mémoire des passages, des impressions de lecture indélébiles et que je vous invite à découvrir.

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Arts de vivre, routine, Stoicisme

Je teste des routines d’écrivains : Simone de Beauvoir, intellectuelle extravertie

Cette fin d’année a été une lente décrépitude. J’ai perdu toute notion du temps et je n’avais bientôt plus de structure dans ma journée. J’avais désespérément besoin d’ordre et de discipline. Je me suis dit que je pourrais me remettre à tester des routines d’écrivain.e.s pour recommencer à construire la mienne. Cette fois, j’ai choisi un tempérament sensiblement différent du mien. Simone de Beauvoir ne vivait pas en ermite. Elle jouissait d’une vie sociale épanouie au même temps qu’une vie intellectuelle intense. Pendant toute la journée du vendredi 4 janvier, j’ai suivi la routine qu’elle a partagée dans une interview au Paris Review en 1965.

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Parenthèses, philosophie

La lettre C de l’Abécédaire : Deleuze sur l’art de consommer de la culture

Voici comment je définis mes auteurs préférés : ce sont des auteurs avec lesquels je serai heureuse de prendre un café pour converser à l’infini. Ce sont des auteurs-amis. En les lisant, je n’ai pas l’impression de recevoir passivement un récit ou une réflexion. Je suis en pleine interaction avec le texte, engagée dans une conversation animée. Une conversation pleine de rebondissements avec des arguments et des contre-arguments, des anecdotes, des taquineries, voire des disputes.

Le philosophe Gilles Deleuze fait partie de ces auteurs-amis. D’autant plus qu’en regardant ou en écoutant son Abécédaire, on a réellement l’impression d’être en conversation avec lui. Quoi qu’en vérité, la conversation se déroule avec Claire Parnet, qui explore divers concepts et idées en passant par toutes les lettres de l’abécédaire, de A à Z. Deleuze, qui n’aime pas beaucoup la télévision, accepte quand même ce petit défi lancé par la journaliste, à condition que la diffusion du téléfilm soit posthume.

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