Parenthèses

La lettre C de l’Abécédaire : Deleuze sur l’art de consommer de la culture

Voici comment je définis mes auteurs préférés : ce sont des auteurs avec lesquels je serai heureuse de prendre un café pour converser à l’infini. Ce sont des auteurs-amis. En les lisant, je n’ai pas l’impression de recevoir passivement un récit ou une réflexion. Je suis en pleine interaction avec le texte, engagée dans une conversation animée. Une conversation pleine de rebondissements avec des arguments et des contre-arguments, des anecdotes, des taquineries, voire des disputes.

Le philosophe Gilles Deleuze fait partie de ces auteurs-amis. D’autant plus qu’en regardant ou en écoutant son Abécédaire, on a réellement l’impression d’être en conversation avec lui. Quoi qu’en vérité, la conversation se déroule avec Claire Parnet, qui explore divers concepts et idées en passant par toutes les lettres de l’abécédaire, de A à Z. Deleuze, qui n’aime pas beaucoup la télévision, accepte quand même ce petit défi lancé par la journaliste, à condition que la diffusion du téléfilm soit posthume.

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Notes de lecture, Parenthèses

Réclamer son droit à la paresse avec Paul Lafargue

C’est un lent matin quand je commence à écrire ce billet. Ni le café ni la bonne volonté ne suffisent à me donner envie de travailler. Et le vol d’une mouche est à mon esprit plus fascinant que les plus grands chamboulements de l’Histoire. Alors je procrastine en vous parlant de paresse. La paresse, cette basse faiblesse, cet amollissement de la volonté, ce vice honteux, tare des tares,  cette rouille de l’esprit selon Voltaire.

À une ère où la productivité est le maître mot, faire acte (ou non-acte) de paresse est le péché ultime. Déjà, en 1881, Paul Lafargue constatait amèrement cette victoire de la religion du travail et du « Dieu Progrès ». Gendre de Karl Marx, il fustigeait à la fois les capitalistes et les socialistes pour leur engouement pour le travail. Il écrit alors un pamphlet mordant à la gloire de la paresse et de l’oisiveté, curieusement actuel de nos jours : Le droit à la paresse (1).

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Notes de lecture, Parenthèses

Les animaux dénaturés : qu’est-ce qui nous distingue des autres animaux ?

Les animaux dénaturés (1) est un livre curieux. Je me rappelle l’avoir remarqué, enfant, sur les étagères de la bibliothèque familiale. Je n’osais pas le lire parce que que  l’image de couverture m’effrayait. Je la trouvais à la fois obscène et bizarre. On y voyait une silhouette quasi-humaine, aux seins ronds et fermes d’une jeune femme. Seule différence, les pieds qui ressemblaient à des mains, comme ceux d’un singe. Elle s’accrochait à une branche et observait un groupe d’hommes vêtus en explorateurs de derrière un rocher. Comme si les rôles de l’animal objet d’étude et de l’humain zoologue étaient inversés, l’espace d’un instant.

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Parenthèses

La fête du travail : comment le 1er mai est devenue une fête

Le 1er mai, c’est jour de fête, c’est bien connu. On est content de le voir tomber en plein milieu de semaine. Mieux encore, un lundi, pour un week-end prolongé bien mérité. On fantasme sur ce jour où rien ne vient troubler notre quiétude, où l’on peut se réveiller à sa guise, sans qu’un réveil ne vienne brutalement nous rappeler à la réalité. Un jour où l’on peut passer son temps selon son loisir, sans tâches à faire ni horaires à respecter. Le temps prendra, on l’espère, une toute autre consistance, plus fluide, libéré de toute contrainte. Car c’est la fête du travail, après tout.

Le lendemain, tout reviendrait à l’ordre. Le réveil sonnera et chacun rejoindra son poste.

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