Notes de lecture, philosophie

L’œil et l’esprit : méditation sur la science, l’art et la perception

Été 1960, sous le soleil du Tholonet, dans une maison qui appartenait jadis à Cézanne, Maurice Merleau-Ponty médite sur la perception, son concept fondamental. Tout autour de lui, les paysages portant l’empreinte de l’œil du peintre appellent son attention, le poussent à redécouvrir les questions fondamentales de sa philosophie : la perception, la visibilité, le corps, la science et l’acte de création. Sa phénoménologie de la perception lui apparaît sous un nouvel éclairage, à la fois neuve et inchangée, saisie directement dans le monde qui l’entoure, débarrassée des contraintes de la théorie. De cette méditation résulte L’œil et l’esprit (1960), un texte testament car ce sera là aussi le dernier été du philosophe.

Continue reading “L’œil et l’esprit : méditation sur la science, l’art et la perception”

Critique de Bonjour tristesse de Françoise Sagan
Notes de lecture

Bonjour tristesse de Françoise Sagan

Bonjour tristesse, c’est le récit d’un drame vacances, fâcheux mais somme toute ordinaire. C’est aussi un roman sur ces étés transformateurs de l’adolescence, faits de passions fuyantes, de colère et de morosité. Réputé froid et cruel, j’y ai trouvé au contraire beaucoup de sensibilité : elle se dévoile par petits éclats, elle éclot entre les failles du discours aigri de la protagoniste sur son petit bout d’existence. Nous sommes loin de l’ambiance de La chamade où des personnages égocentrés s’usent les uns les autres sans remords.

Continue reading “Bonjour tristesse de Françoise Sagan”

Déconfinement : l'attitude à adopter face au monde d'après
Arts de vivre, Notes de lecture, philosophie

Prudence et courage : l’attitude à adopter face au monde selon Schopenhauer

Que le Monde comme volonté et comme représentation vous intimide ou qu’il soit votre livre de chevet, il y a toujours un côté moins rigoureux, plus ludique à Schopenhauer qu’il serait intéressant de découvrir. C’est le Schopenhauer des Parerga et Paralipomena (Suppléments et compléments), des aphorismes cocasses, des formules et affirmations efficaces, des exercices philosophiques. La structure du texte, en éclats de pensées épars, a d’ailleurs été une inspiration pour Nietzsche. Pour le néophyte comme pour le lecteur aguerri, cet essai a valeur de manuel qui fixe les enseignements du philosophe dans la pratique quotidienne, de complément et de commentaire au Monde comme au Fondement de la morale.

Dans le sixième essai de cet ouvrage qui se voulait accessible, titré “Aphorismes de la sagesse dans la vie”, le philosophe se montre sous un visage amical, dispensant ses leçons de vie et quelques blagues de comptoir en passant. On lui découvre un certain optimisme, ou du moins, une tentative de bonheur dans le pessimisme. Il y aborde notamment l’ennui et les moyens d’y faire face, mais aussi l’attitude à adopter face à la marche du monde et à ce qui sort de notre contrôle, un texte qui sonne juste en cette période de “dé-confinement”, avec le retour des anciennes pressions alors même que l’incertitude demeure.

Continue reading “Prudence et courage : l’attitude à adopter face au monde selon Schopenhauer”

Notes de lecture

Oblomov, confiné volontaire

Malgré tout le plaisir que j’y ai pris, j’ai beaucoup procrastiné en lisant ce livre. J’ai également beaucoup trainé pour écrire cette recension. L’oblomovisme est très contagieux. Faites attention à ne pas vous laisser contaminer. Ceci est un message d’intérêt public.

Oblomov se lèvera-t-il jamais de son lit ? Voilà tout le suspense auquel vous aurez droit en lisant le roman du même nom, sous la plume d’Ivan Goncharov. Tout le génie de l’auteur est d’écrire un texte amusant, qui ne lasse jamais, sur un homme qui ne fait strictement rien. Pourtant, il s’en passe des choses. Derrière la figure lisse et intemporelle d’Oblomov, son inanité et son apathie, et sous couvert d’une critique de l’aristocratie russe, luxueuse et improductive, c’est un monde intérieur inouï qui se dévoile.

Continue reading “Oblomov, confiné volontaire”